mardi 27 décembre 2011
ROUTE HISTORIQUE DES MAISONS D'ECRIVAINS
Douze demeures... Treize écrivains...
(treize à cause du couple Aragon-Elsa Triolet)
"Voilà de quoi occuper quelques jours de loisirs et de belles heures de relecture.
A l'exception de rares âmes sombres ou bohémiennes, qui ne se sentent vibrer qu'au café ou dans une chambre d'hôtel, presque tous les écrivains considèrent comme fondamentale l'équation travail = maison + solitude.
Une maison n'est pas d'abord, pour l'écrivain, un lieu familial ni un lieu de représentation sociale - même si elle est aussi cela - elle est avant tout la forteresse et le décor qui protègent les petites heures du matin et celles, plus longues, de la nuit, passées la plume à la main ou devant l'écran du "traitement de texte" (quand ce n'est pas comme Flaubert à Croisset, à "gueuler" la page à peine terminée...).
Quelle académie cette promenade !
D'Est en Ouest, si j'ose dire: Mallarmé et Tourgeniev, les Aragon, Alexandre Dumas et Jean-Jacques Rousseau, Zola et Maeterlinck, Michelet et Corneille, Flaubert et Hugo, et plus au nord, le mystérieux Clos Lupin de Maurice Leblanc.
Les plus modestes semblent avoir été Corneille, Mallarmé, et, à sa façon, artisanale et patiente, Zola : Médan est une maison-tirelire où le romancier cachait ses économies. Les plus "châtelains" furent Michelet et Maeterlinck ; le plus bourgeois, Hugo, et le plus fou, inventif, voire un peu mégalomane, Alexandre Dumas.
Il faut, dans chacune de ces demeures, chercher le secret. Secret d'un homme, secret d'un couple, secret d'une oeuvre.
"A mon estime, et à mon souvenir, les plus émouvantes de ces maisons sont le pavillon de Croisset - parce qu'il était au coeur battant du travail et qu'il ne reste que lui - la maison de Zola parce qu'elle a été bâtie à la force du travail ; celle de Tourgueniev parce qu'il est le seul "immigré" de cette douzaine d'artistes ; enfin le moulin de Villeneuve, parce que j'y ai passé tant d'heures heureuses auprès d'Elsa et d'Aragon. Car elles furent aussi cela, ces demeures : des lieux de l'admiration, de l'amitié, de la fidélité.
Allez les visiter ! Faites durer ces miracles : les écrivains morts s'ennuient si vous laissez leurs livres fermés, leur maison vide."
François Nourissier
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