samedi 7 octobre 2017

GUERRE D' ESPAGNE

La dictature de 1923 s’appuyait sur l’armée. Les militaires étaient contre la République, contrairement aux soldats russes qui changèrent de camp en 1917. Avec la menace de l’Internationale Socialiste, les Républicains devinrent dangereux car ils étaient communistes. Que s’est-il passé en 1936 pour que l’Espagne soit en guerre ? Quelle était cette instabilité politique ? La guerre civile opposa les Républicains et les Franquistes durant trois ans.




De la monarchie à la dictature
En 1814, Ferdinand VII instaure l’absolutisme en Espagne. Ce régime dure jusqu’au 11 février 1873, jour durant lequel la 1re République est proclamée après l’abdication d’Amédée. La monarchie est de retour. C’est pourtant sous la dictature du général Miguel Primo de Rivera que l’Espagne, entre 1923 et 1930, sera dirigée. Le 14 avril 1931, la 2e République est proclamée. Elle met un terme au règne d’Alphonse XIII, car la victoire est pour les Républicains.
Cinq ans plus tard, le 16 février, l’Espagne assiste à la défaite du front national face au front populaire suite aux élections. Les Socialistes et les Communistes adhèrent au nouveau gouvernement, mais la droite, se sentant en danger, s’allie à l’extrême droite afin de « contester les réformes de gauche ». La gauche réagit et se met en grève, celle contre laquelle le général Franco conduira l’événement déclencheur de ce conflit civile : suite à l’assassinat de José Calvo Stelo le 13 juillet, un politicien de droite, Franco se décide à prendre part au mouvement insurrectionnel contre le nouveau gouvernement républicain. L’insurrection est prévue pour le 17 juillet.

Soulèvement du 17 juillet 1936
Escorté par ses garnisons venues du Maroc, Franco débarque en Espagne par le bas. Il a pour but celui de détrôner d’un coup le gouvernement désormais au pouvoir. La majeure partie de l’armée reste fidèle au gouvernement ; les rebelles sont les Nationalistes, ceux qui suivent Franco et l’insurrection. Celle-ci cherche à conquérir la plus grande partie possible du territoire durant trois jours. Pourtant, heurtés par la résistante populaire, les grandes villes leurs échappent, et restent du côté des Républicains. L’Espagne se voit divisée en deux camps.

Les Franquistes contre les Républicains
L’Espagne est séparée en deux zones : d’un côté les Républicains, possédant les grandes villes et les régions les plus riches. De l’autre les Franquistes, qui compensent le terrain en hommes et en armement, puisqu’ils bénéficient de l’aide des Allemands et des Italiens. Les Franquistes sont appelés Nationalistes, car ils souhaitent une autre nation. Durant trois années, de 1936 à 1939, les deux camps s’affrontent. Les civils se battent, les femmes prennent également part aux combats pour la première fois. Francisco Largo Caballero, marxiste, entraîne son parti vers la voie révolutionnaire avec, en tête, la révolution russe et la victoire du bolchevisme.
Du côté de la gauche, les Communistes font tout pour rassembler les Anarchistes et les Socialistes qui ne cessent de rivaliser, pour que leurs forces s’unissent. D’une autre part, la gauche bourgeoise suit le président Azania, et Indalecio Prieto conduit les socialistes indépendants au POUM (Parti Ouvrier d’Unification Marxiste). En mai 1937, les Républicains écrasent les Nationalistes par les armes. Sur le modèle russe, les villes se remplissent de Tcheka, et les tortures agissent aussi fort que sur le sol russe, à tel point que les Communistes deviennent hostiles à l’égard des Républicains.
Les mineurs de gauche résistent aux assauts de l’armée, jusqu’à l’intervention d’unités marocaines menées par Franco. Après deux semaines de combat, les Marxistes sont vaincus.

Les pays européens face à la guerre d’Espagne
La France de 1936 est socialiste, et le front populaire se trouve déchiré. L’Angleterre prône la non intervention, car sa crainte concerne l’engagement de l’URSS, Hitler et Mussolini. Pourtant, ces trois puissances seront les plus présentes dans le conflit civil. C’est la raison pour laquelle des militants de gauche provenant de tous les pays viendront rejoindre spontanément les Républicains dans les combats. La crainte reste : « Il ne faut pas fâcher Hitler ! » car cela reviendrait à rentrer dans une nouvelle guerre. Malgré l’aide reçue du côté des Républicains, l’Italie fasciste est tout aussi efficace chez les Nationalistes et elle occupe progressivement toute l’Espagne.
En Suisse particulièrement, la volonté de partir se battre aux côtés des Républicains est mal vue, car cet élan est interprété par une proximité avec les Communistes, et donc revient à se placer dans la ligne de tire d’Hitler et de Mussolini.

L’Italie Fasciste et l’Allemagne nazie
Dès le début de la guerre, l’Allemagne et l’Italie s’engagent auprès des Franquistes. Ayant toutes deux des visées stratégiques, l’Allemagne se montre particulièrement généreuse, et dote l’Espagne notamment d’avions de combat. Le but d’Hitler est de former les officiers allemands en leur présentant cette guerre comme un entraînement à ce que sera la seconde guerre mondiale. L’Allemagne teste ses tactiques sur les villages des Républicains et se prépare au mieux à la Blitzkrieg, qui permettra l’annexion de la Pologne en 39 et l’occupation de la France en 40.

L’Union Soviétiques et les Communistes
De 1919 à 1922, l’Espagne est le seul pays à adhérer aux idées bolcheviques. Les paysans et les ouvriers voient l’Internationale Socialiste comme une libération, et c’est la raison pour laquelle de nombreux Espagnols deviennent à leur tour communistes. Ils sont les seuls en Europe à créer des Soviets
Durant la guerre civile, l’Union Soviétique se place du côté des Républicains. Elle leur fournit des armes, des chars ou des avions, voire même des hommes, afin de les voir gagner le combat. Elle est l’alliée primordiale des Républicains espagnoles, qui voient la menace de Mussolini en Italie fasciste. Pourtant, l’URSS combat « autant les Anarchistes et les Trotskistes que les Franquistes ».

Les Franquistes victorieux
La victoire des Nationalistes est célébrée le 28 mars 1939. Madrid voit défiler les Franquistes devant le prochain dictateur du pays, le général Franco. La République démocratique de 1931 prend fin, et les exécutions se multiplient, en accord avec le régime autoritaire mis en place sur le modèle de l’Italie fasciste. Trois jours après la victoire des insurgés, l’Espagne entière est contrôlée par Franco.
La dictature du général durera plus de trente ans. Le premier octobre 1936, il avait été nommé le chef du gouvernement de l’Etat espagnol, et trois ans plus tard, il « jouit d’un pouvoir absolu ». Nous parlerons peu des disparitions d’enfants, ceux des Républicains emprisonnés et dont les enfants sont placés dans des familles nationalistes. Toute trace sera soigneusement effacée.
Le 20 novembre 1975, Franco décède, et Juan Carlos I lui succède. Picasso peut alors exposer Guernica, la cicatrice de la guerre d’Espagne, la dénonciation de la dictature franquiste, qui aura conduit le peintre à conserver ce tableau aux Etats-Unis jusqu’à la fin du pouvoir de Franco.

⏩⏩ La terreur blanche

POURQUOI JUAN CARLOS

En 1970, au moment où il accueille l'équipe de Temps présent, Juan Carlos n'est encore que prince d'Espagne. Mais son destin a été scellé par Franco qui, une année auparavant, le fit prêter serment devant les Cortes. Juan Carlos est ainsi désigné comme le successeur du Caudillo. Le jeune prince, sportif et appliqué, s'avérera pourtant le meilleur garant de la transition démocratique de l'Espagne. Contre l'avis des conservateurs, il appuiera, après la mort de Franco, les réformes qui mettront fin au régime fasciste.

Lors de la tentative de putsch, le 23 février 1981, menée par quelques officiers, le roi interviendra très rapidement à la télévision, imposant à l'armée de soutenir le gouvernement démocratiquement élu.

Juan Carlos Ier est né à Rome en 1938. Il est le petit-fils d'Alphonse XIII, qui avait abdiqué en 1931. Son installation en 1961 au palais de la Zarzuela symbolise sa position de successeur problable du général Franco. En juillet 1969, il prêta serment devant le Caudillo et les Cortes, devenant ainsi prince d'Espagne et futur roi.

Durant les périodes de maladie de Franco, en 1974 et 1975, Juan Carlos est nommé chef d'État intérimaire. Deux jours après la mort du dictateur, survenue le 20 novembre 1975, Juan Carlos sera proclamé roi d'Espagne. Il promulgue rapidement des réformes, au grand dam des éléments conservateurs, notamment les forces armées.

Une tentative de coup d'Etat militaire surprend les Cortes le 23 février 1981. Des officiers tirent des coups de feu dans la Chambre parlementaire durant une session retransmise en direct à la télévision. On craint alors la déroute du processus démocratique, jusqu'à ce que le roi exige que l'armée apporte son soutien au gouvernement.

Le roi d'Espagne règne en tant que monarque constitutionnel, sans exercer de réel pouvoir sur la politique du pays. Il est considéré comme un symbole essentiel de l'unité du pays, et ses interventions et points de vue sont écoutés respectueusement par des politiciens de tous les côtés. Son discours annuel la veille de Noël est diffusé par la plupart des canaux télévisuels espagnols.

A partir de 2010, une succession de scandales ternissent l'image de la famille royale espagnole. Juan Carlos d'Espagne abdique le 2 juin 2014. C'est son fils le prince Felipe des Asturies qui doit lui succéder sur le trône.

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